L'attribution de la délégation de service public pour le projet du cinéma République a été annoncée par Paris Normandie aujourd'hui. C'est le projet porté par Richard Patry qui l'emporte.
Le président du Pôle Image l'a annoncé lors de la réunion du Pôle mercredi soir et des lettres envoyées par la mairie aux candidats non retenus ont confirmé ce choix.
Nous ne connaissons rien du projet du gagnant et ne souhaitons pas polémiquer à ce sujet sans en connaitre les détails. Au contraire, nous serons trés intéressés par ce que vont devenir ce lieu et ce projet. Le cahier des charges est conséquent, nous ferons partie de ceux qui seront attentifs à son respect.
Le scandale n'est pas dans ce choix, il est dans toute la démarche trompeuse, insidieuse et subreptice qu'a suivie la ville de Rouen depuis le début de cette affaire et qui aboutit aujourd'hui à donner l'impression que tout était couru d'avance.
On commence par lancer des rumeurs sur la fin du bail du Melville, on explique qu'il est en difficulté et que la ville va sauver l'art et essai à Rouen. Et pour en être certain, on supprime les subventions à ce cinéma existant qui porte ce flambeau depuis 20 ans. Bien sûr les conseils généraux et régionaux en plein marasme économique en profitent pour épargner leurs subventions dès 2009.
Les spectateurs se mobilisent, rencontrent les élus, demandent à observer la modalité du choix mais rien n'est rendu possible par cette municipalité repliée sur elle même. La commission qui reçoit UNE SEULE FOIS les candidats estime que cela suffit à choisir entre les 4 projets. Elle laisse courir le bruit qu'il y aura 2 voire 3 rencontres et il est prévu que la décision soit annoncée le 7 mai puis le 21 mai. Eh bien non, après une seule rencontre, on coupe l'herbe sous le pied à toute discussion, à toute réflexion même du conseil municipal, sans parler des citoyens. Madame le maire ne se donne même pas la peine d'annoncer ce choix comme prévu, c'est le récipiendaire qui l'annonce et la presse qui le confirme. On dirait la méthode de communication de Sarkozy : rumeur, fuites, fait accompli...et copinage. Scénario décapant vous ne trouvez pas?
On lance les paris sur le devenir du cinéma d'art et d'essai à Rouen dans un an? Plus de Melville, une programmation molle au république, et en prime une municipalité qui fera un argument électoral d'un torpillage en règle.
Eh bien voilà des sujets de fâcherie pour un petit moment.
Ce JEUDI 6 MAI vous êtes tous invités à la soirée du Deuxième Souffle, au Melville, avec la projection du film chinois LA TISSEUSE. Le débat devrait avoir lieu avant le film mais il n'a pas fini de se prolonger. (Association Le Deuxième Souffle)
La tisseuseFilm chinois de Wang Quan'an avec Yu Nan, Cheng Zhengwu, Zhao Luhan, 2010, 1h38, vo
Lily, ouvrière dans une usine de tissu, partage son temps entre son travail, son fils et son mari. Suite à un événement bouleversant, elle décide de partir seule...
Première de la classe en économie, la Chine n’est pas qu’une nation d’avides boutiquiers. En matière de cinéma aussi, elle montre une constance rare.
Depuis vingt ans au moins, la majorité de ses films mêlent avec un pragmatisme rafraîchissant les registres social et dramatique. Comme dans
“La Tisseuse”, qui n’est pas le sommet de l’avant-garde (tel qu’on le trouve dans “Oxhide” de Liu Jia Yin), mais reste subtil et déjoue les lieux communs du mélo avec une formidable élégance.
Il s’agit bien d’un drame social, mais presque en creux, sans une once de pathos. C’est mis en scène et joué avec une telle pudeur que tout le désespoir que l’histoire recèle ne saute pas immédiatement aux yeux.
Lily, une belle ouvrière d’une trentaine d’années employée dans une filature, s’insurge d’abord contre la dureté de son métier. Par ailleurs, elle est mal mariée à un homme qu’elle n’aime pas spécialement ; et son jeune fils est plus attaché à son père qu’à elle.
Là-dessus, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer incurable. Toutes ces données ne sont pas assenées. Elles sont distillées dans la trame du réel où le film est plongé.
Ce malheur n’est pas vécu ici comme un cataclysme, mais plutôt comme une rupture salvatrice, une délivrance. C’est paradoxalement lorsqu’elle se sait condamnée que Lily commence à vivre (elle va aux dancings pour se faire de l’argent et part à Pékin où elle retrouve un homme qu’elle a aimé).
Métamorphose parfaitement exprimée par la séquence burlesque où elle court joyeusement sur des rails de chemin de fer pour échapper à un garde-chiourme qui la poursuit.
Ce désespoir presque gai, presque serein, n’est pas le seul atout du film. On pourrait parler de son réalisme, mais c’est le minimum syndical pour un film chinois.
Le plus beau ici, c’est l’alliance parfaite entre la durée et le mouvement, résultant d’une utilisation magique du steadicam (synthèse idéale de la caméra à l’épaule et du travelling), qui permet des plans-séquences fluides et enveloppants.
Lily est passée à côté de sa vie, elle va mourir, mais elle vit des instants de bonheur suspendu, de nostalgie résignée. Tout cela participe de la mélancolie qui nimbe ce film aussi simple que délicat.
Une œuvre juste et poignante mais sans débordement lacrymal. L’équilibre parfait en somme. (Les Inrocks)
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